24/09/2023
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Visite du patrimoine agro-pastoral, bories, bergerie, épierrements, suivi d'un aperçu du village avec l'église Saint-Mayeul.
LES BORIES :
- Définition de la borie selon Mr. Cheneveau dans les Mémoires de l’IPAAM XXII :
« Pour nous : une borie est un bâtiment de forme arrondie, à toiture en dôme par encorbellement, avec une entrée et rarement une autre ouverture, en pierres sèches, sans aucun apport d’un autre matériau, et qui est la seule construction permanente pouvant être édifiée par un seul homme, ne possédant aucun outil et non destructible par incendie. »
- Bories à couverture en dôme
- Bories à couverture ogivale
- Bories à couverture en dôme intérieur et extérieur aplati
- Semi-bories des terrasses.
- Semi-bories des anfractuosités rocheuses
Comme dit M. Geist dans son livre ‘‘L’homme, la pierre, la terre’’ :
« Il est difficile de dater la construction d’une borie, la technique utilisée étant connue depuis le Néolithique. »
Mrs. Coste et Martel, dans leur ouvrage Pierre sèche en Provence, nous relate un document du XIIe siècle :
« Une mention écrite au moins parle explicitement de pierre sèche au Moyen Âge : c’est une Vie de saint Donat, l’ermite du vallon du Mardaric, au nord de Peyruis, qui, dit ce texte datable du XIIe siècle, s’est construit sur la butte dominant le torrent « une hutte en pierre sèche » (sicco lapide sibi tugurium construens). Peu importe de savoir si Donat, six siècles auparavant, a effectivement habité la hutte dont parle son biographe tardif. Ce qui est intéressant, c’est d’apprendre qu’au XIIe siècle la pierre sèche est une technique de construction, et qu’elle convient pour décrire l’habitat, marginal s’il en est, d’un ermite. »
P. Coste et P. Martel – Pierre sèche en Provence
Borie dans un épierrement avec un escalier
Cette borie a été restaurée en juin 2002.
Un escalier sur le côté droit permet d'accéder facilement sur épierrement attenant. Elle est située en bordure d'un site de restanques. L'entrée est orientée au sud.
C'est une construction à deux étages, dont le toit était autrefois couvert de tuiles. Elle est adossée à une restanque et bâtie sur un rocher. Il semblerait que ce soit une borie qui ait été transformée et surélevée.
Les deux entrées sont clavées. L'entrée supérieure est orientée au Nord et celle du bas à l'Est.
LES ÉPIERREMENTS :
Henri Geist, notre ancien président, s’est beaucoup intéressé aux épierrements. Dans son ouvrage « L’homme, la pierre et la terre » , voici ce qu’il nous dit :
« Les dictionnaires donnent comme définition du mot épierrement : « Action d’épierrer un champ ». De même, le verbe « épierrer » signifie débarrasser un terrain des pierres qui gênent sa culture. Le résultat, qui est un tas de pierres, ne peut être, en français, dénommé « pierrier » puisque les dictionnaires ne donnent pas ce terme avec ce sens. Donc, pour parler d’un tas de pierres amoncelées par l’homme, nous associerons l’action et son effet, soit « épierrement et non « pierrier » qui est un amas de pierres naturel. »
« Il existe deux types d’épierrement dans le monde rural :
1°) l’épierrement pastoral : dans ce cas, l’épierrement est fait sur des parcours de pâturage saisonniers. Les pasteurs, en débarrassant une terre couverte de pierres, permettent la croissance de l’herbage. Les tas de pierres sont relativement petits, en moyenne de 1 à 2 mètres de diamètre sur 1 mètre de hauteur ou plus, et espacés plus ou moins régulièrement sur de grandes étendues.
2°) l’épierrement agricole: pour la culture, l’espace cultivable est débarrassé de ses pierres. Les tas sont disposés en bordure du champ et leur volume dépend de la surface nettoyée et du nombre de pierres. De grands tas peuvent être constitués sur des espaces où se cultive le fourrage. Il existe des épierrements de plus de 5 mètres de haut et 10 mètres de diamètre. Ces tas de pierres sont bâtis, c’est-à-dire que leur base est construite.
Rappelons que dans les deux cas les épierrements s’adossent ou recouvrent des effleurements rocheux gênants et indestructibles. »
Quant à Cipières, voici comment Henri Geist présentait les pierres :
« A Cipières, peut-être plus qu’ailleurs dans les Alpes-Maritimes, les pierres parlent de l’homme et pour l’évoquer, il n’est nul besoin qu’elles aient le prestige de l’Antiquité. Il y a les pierres de la terre et celles de l’esprit. Les premières sont humbles et anonymes, les secondes sont majestueuses et notoires. Les pierres de la terre appartiennent aux paysans car se sont les premières qui furent manipulées par les premiers hommes sédentarisés.
A Cipières, pas de temple pour honorer les dieux, mais des tertres de pierres pour que vivent les hommes. En effet, ici, on est saisi par l’immense spectacle des pierres dispersées qu’il a fallu arracher à la terre et regrouper comme des monuments à la vie. »
Henri Geist- sortie du 25 avril 1993
Face à ce magnifique épierrement, une borie double ou jumelle..
Elle a été restaurée en 2000. Les deux entrées se font face. L'escalier, ainsi que le fenestron, ne sont pas d'origine.
La borie entre deux épierrements
Orientée au sud et construite entre deux épierrements, cette borie a été restaurée en 2001. Sur le linteau est gravée la date de 1824, très difficile à déchiffrer.
LES BERGERIES :
« Elles peuvent être construites en pierres sèches, comme les bories ou les cabanes des époques précédentes, mais très souvent les matériaux sont liés au mortier.
Les toitures sont faites de tuiles rondes, toujours modernes, souvent pour les contemporaines, disposées sur charpentes en bois, toujours également pour les modernes et souvent pour les contemporaines.
Elles sont toutes pourvues d'un point d'eau permanent naturel, par puits ou par citerne artificielle ou par adduction d'eau venue de plus ou moins loin, et il convient de noter l'apparition de ces citernes qui ont été rendues possibles du fait 1°/ de la généralisation des toitures planes en faible pente et imperméables ; 2°/ du recueil des eaux par gouttière ; 3°/ de son transport par tuyau et 4°/ de son stockage par bassins étanches grâce à l'emploi du mortier, même élémentaire, quand l'argile est utilisée en place de chaux. »
Extrait de l’IPAAM XXII – (M. Cheneveau)
La bergerie présente deux rangées d'arcades. Une troisième rangée a été fermée, que l'on devine dans le mur, à droite de l'image.
Sont toit est fait de charpente en bois et de tuiles rondes.
Construite dans le mur de la bergerie, à l'extérieur, une citerne et deux tuyaux pour récupérer l'eau de pluie.
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En repartant, après le pique-nique, on a pu apercevoir sur la montagne qui nous fait face, une semi-borie, construite dans un mur.
Pus bas, sur le sentier du retour, une borie avec une porte minuscule...
Plus bas encore, la borie à toit plat.
Adossée à une restanque, son ouverture est orientée à l'Est. Le toit plat est assez rare dans le département. L'entrée est clavée. La date de 1811, très difficile à déchiffrer, est gravée sur une pierre de soubassement, à gauche de l'entrée.
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Avant d'arriver sur les aires de battage, une vue superbe sur le village, son château, son clocher.
LES AIRES DE BATTAGE :
Le battage est l’opération consistant à séparer les grains de céréales des tiges et à les débarrasser de la bale, ou petit épeautre, qui est un sous-produit issu du décorticage de la céréale.
Le battage est l’opération réalisée à la main, avec un fléau.
Lorsqu’on utilise le piétinement humain ou animal, on parle alors de foulage ou dépiquage.
Une fois amenées sur l’aire, les gerbes étaient étalées et disposées en cercles successifs, « tête en bas » pour que les épis reposent sur le sol. Le paysan, debout au centre de l’aire, armé d’un fouet, faisait tourner les bêtes en les guidant.
Aire de battage avec bandes en pierres
A l'extrémité de cette aire de battage, on peut voir la chapelle Saint-Claude.
La chapelle Saint-Claude et ses ruchers, en haut, sous le toit.
Située à la sortie du village, en direction de Gourdon, la Chapelle Saint-Claude a été édifiée dans la première moitié du XVIe à la demande de Claude de Lascaris en remerciement à saint Claude, saint guérisseur, pour la guérison de son fils.
Elle possède un chœur remarquable, de style baroque, ainsi qu’une superbe grille en fer forgé.
Elle a une particularité : son orientation a été changée. Initialement de petite taille, sa nef était orientée à l'Est. Lors de son agrandissement, la nouvelle nef a été orientée au nord selon la place disponible. La nef devient alors deux chapelles latérales. La Chapelle Saint-Claude est inscrite aux Monuments historiques.
C'est une chapelle de romérage où l'on célèbre chaque juin saint Claude. Elle est précédée d’une placette où, paraît-il, l’on foulait le blé.
Elle possède aussi un rucher entre la voûte du chœur et le toit et le miel est toujours collecté.
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Nous avons ensuite rejoint madame Funel qui nous a ouvert l'église Saint-Mayeul.
L’EGLISE SAINT-MAYEUL
Historique :
L’église Saint-Mayeul, de style baroque, a été inscrite à l’inventaire des monuments Historiques en 1989.
Les fouilles archéologiques réalisées avant les travaux de restauration permettent de supposer la présence d’une nécropole antique avec une occupation du site du Ier au IIIe siècle. Ces fouilles révèlent l’existence de trois églises. Deux furent construites au cours du Moyen Âge, la troisième fut édifiée au XVIe siècle.
- La première église remonterait au XIIe siècle. En 1199, Gaufredi de Ciperiis assiste à une autorisation de construction d’église. L’ecclesia de Ciperiis est aussi mentionnée en 1158 et 1189.
- Les raisons de la ruine de la première église ne sont pas connues. Toutefois, les éléments relevés en fouille et observés sur le bâti tendent à démontrer que l’église s’est partiellement effondrée. On ne peut cependant pas savoir s’il s’agit des conséquences d’une ruine progressive ayant entraîné l’effondrement ou bien s’il s’agit d’un mouvement de sol brutal ayant conduit à l’écroulement de l’édifice. La datation de la phase de reconstruction n’est pas aisée. Néanmoins, le milieu du XVe siècle paraît le plus vraisemblable. En effet, l’inventaire du mobilier de 1482 ne fait pas mention d’une ruine de l’édifice et montre même la présence du bras reliquaire de saint Mayeul. Ce même bras, daté du XVe siècle par les historiens d’art, aurait ainsi pu être commandé pour la nouvelle église.
Il est donc envisageable que cette reconstruction ait été réalisée peu avant ou après le milieu du XVe siècle.
- La troisième église a été reconstruite durant le seconde moitié du XVIe siècle. Les éléments recueillis lors de la fouille indiquent que l’église ne s’est probablement pas effondrée d’elle-même mais qu’elle a été démolie, voire démontée pour partie. La construction de la nouvelle église s’est accompagnée d’un important agrandissement de la précédente. C’est aussi à cette époque que le village s’est développé.
On sait que l’église actuelle a été reconstruite vers 1567-1572. Cette information provient de deux millésimes que l’on retrouve, l’un sur une plaque gravée et scellée à l’intérieur de l’église près de la porte de l’ancien cimetière, l’autre au-dessus de l’oculus de la façade. Signée P.L., la première inscription reprend un passage du psaume XXVI, 4 attribué à Marie :
UNAM PETII DOMINO HANC REQUIRAM UT INHABITEM IN DOMO DOMINI OMNIBUS DIEBUS VITE MEE. 1567. P.L.
(J’ai demandé au Seigneur une seule chose et je la rechercherai uniquement, c’est habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie).
Le contexte de cette plaque n’est pas connu. Elle pourrait être en relation avec le passage de l’église au cimetière attenant au sud. L’absence d’écroûtage ne permet pas de s’en convaincre. On note que la plaque est légèrement inclinée. Peut-être n’est-elle pas en place. L’autre millésime est placé juste au-dessus de l’oculus du pignon et indique la date : 1572.
En 2016, lors de la restauration des enduits de la façade sud, d’autres millésimes ont été mis au jour. L’un mentionne la date de 1548, l’autre 1568 et le dernier donne 1572. Le millésime 1572 est absolument identique à celui du pignon. Il prend d’ailleurs place au sein d’une pierre de taille qui assure la transition entre le pignon et le gouttereau sud.
On trouve aussi des caveaux dans la partie primitive de l’église.
La titulature :
Sans mentionner les références de l’acte notarié, C. Samaran (archiviste et historien français début XXe) indique que l’église de Cipières est citée dans la première moitié du XIVe siècle sous le titre de Saint-Mayol.
C’est ici la première mention de la titulature de l’église, sans pour autant être certain qu’elle n’était pas déjà désignée sous ce titre auparavant. Cette titulature appelle tout de même deux remarques. La première concerne la rareté de cet hagionyme, dans les Alpes-Maritimes en particulier. Il faut noter en effet que, de toutes les chapelles et églises des Alpes-Maritimes, celle de Cipières est la seule à porter le titre de Saint-Mayeul. La raison de cette exception est inconnue. Si l’on se rattache à l’histoire locale, le rayonnement du nom de Mayeul s’affirme surtout dans le courant du XIe siècle avec l’introduction de Cluny dans les affaires de l’abbaye de Lérins. Néanmoins, en dehors de la charte du XIe siècle qui mentionne un manse donné à Lérins, Cipières n’apparaît pas comme une possession de cette abbaye.
L’église de Cipières possède un reliquaire de saint Mayeul attesté dès le XVe siècle au moins. Le reliquaire est décrit comme se composant d’un bras en laiton surdoré et d’une main d’argent. D'après l'inventaire de 1482, la main était ornée de deux anneaux d’argent doré sertis respectivement l’un d’une pierre rouge et l’autre d’une pierre bleue, mais aujourd'hui, il n'en reste qu'un.
La situation de l’église entre les XIIIe et XIVe siècles n’est pas du tout documentée.
Il faut attendre 1436 pour voir ressurgir l’église au travers d’une mention laconique qui atteste toutefois l’hagionyme Saint-Mayeul.
Source : Fabien Blanc
Qui était saint Mayeul ?
Saint Mayeul de Cluny (ou de Forcalquier) est né vers 910 à Valensole, en Provence orientale, et mort en 994 à Souvigny. Il était le quatrième abbé de Cluny. Il rentre comme moine à Cluny, où il prononce ses vœux en 943 ou 944. Il exerce alors la fonction d’armarius, (garde des livres et maître des cérémonies). En 948, l’abbé Aymard de Cluny, devenu aveugle, lui laisse diriger le monastère comme coadjuteur. Aymard démissionne de sa charge d’abbé en 954, ouvrant 40 ans d’abbatiat à Mayeul.
Mayeul prit à cœur le développement financier de l’abbaye, gérant avec soin les donations qui affluaient vers un abbé dont le renom était immense. Dès 967, il poursuit également l’œuvre de réforme initiée par Odon, instaurant la règle bénédictine dans de nombreux monastères, renforçant ainsi l’influence de Cluny en Occident.
En juillet 972, sa capture dans les Alpes et plus précisément dans les environs d’Orsières par les Sarrasins de Fraxinetum, entraîne une mobilisation générale de l’aristocratie provençale autour du Guillaume Ier de Provence. Dès sa libération, le comte Guillaume de Provence organise « au nom de Mayeul » une guerre de libération contre les Sarrasins, qu’il chasse de Provence après la bataille de Tourtour (973).
Le culte de saint Mayeul a revêtu une importance considérable au Moyen Âge en Occident. La reconnaissance de la sainteté de Mayeul est attestée dans les premières années qui suivent sa mort :
Dès 996, le roi de France Hugues Capet se rend en pèlerinage à Souvigny sur son tombeau.
Libérateur de la Provence grâce à la guerre menée en son nom contre les Sarrasins, il est aussi, dans la perspective clunisienne, « le premier abbé » de Cluny reconnu comme saint, figure emblématique de l’église clunisienne affranchie de la tutelle des laïcs et des évêques.
Le bras reliquaire de saint Mayeul
Plaque gravée à l'intérieur de l'église - 1567
Après la visite de l'église, un petit tour du village en commençant par en raconter l'histoire :
LE VILLAGE :
Le village de Cipières est construit sur un promontoire, adossé au Gros Pounch, surplombant la vallée du Loup et faisant face au Massif du Cheiron et au village de Gréolières, situé de l’autre côté du Loup.
Perché à environ 740 mètres d'altitude, la commune de Cipières fait partie du Parc naturel régional des Préalpes d'Azur.
Le nom de Cipières proviendrait du mot romain Cippus, qui désignait une borne pour marquer les limites d’un champ, ou un pilier élevé comme pierre tumulaire.
Le territoire de Cipières est occupé dès la Préhistoire, des enceintes protohistoriques et des grottes ont été prospectées dès la fin du XIXe siècle. En ce qui concerne l’Antiquité, une voie romaine secondaire avait été pressentie sans avoir été démontrée. Les récentes fouilles de l’église Saint-Mayeul, avec la découverte d’un mobilier antique, ont permis d’identifier une occupation continue dans le secteur du Ier au VIIe siècle.
Quant aux indices d’une occupation médiévale, ils ne concernent que le village. (F. Blanc)
Le territoire de Cipières apparaît dans les sources écrites dans le courant du XIe siècle au travers d’une charte du cartulaire de l’abbaye de Lérins sous la forme Ceperas. En 1152, un certain Pons de Cipières et son fils Guillaume font partie des témoins d’un acte passé au port de Cagnes. En 1196, c’est G. de Ciperiis qui figure parmi les témoins d’un autre acte. Enfin, en 1199, Gaufredi de Ciperiis assiste à une autorisation de construction d’église. L’ecclesia de Ciperiis est aussi mentionnée en 1158 et 1189. (F.Blanc)
Un premier village occupait, aux XIIe et XIIIe siècles, une partie de la plateforme où nous voyons aujourd'hui le château. L'église était alors isolée, au pied de ce site. (Département AM 06-site internet)
La place principale du village se trouvait dans l’espace aujourd’hui construit entre le château et l’église.
Aux XIVe-XVe siècles, un second village, qui remplace le premier, se développe sur le versant de la plateforme et rejoint l'église. Avant le milieu du XVIe siècle, un premier agrandissement se développe vers l'ouest. Durant la seconde moitié du XVIe siècle, un second agrandissement, plus restreint, se développe vers l'est. Il correspond à la reconstruction de l'église paroissiale, en 1572.
Durant la moitié du XVIe siècle s’est opérée la mise en place du village tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Cipières a été tour à tour, possession du Comte de Provence au XIIIe siècle, de Romée de Villeneuve puis de Raibaude de Caussols. Devenu baronnie, il fut vendu en 1510 à Renée de Savoie (Grand Bâtard du Duc de Savoie) Comte de Tende. Il vécut les déchirements des guerres de religions. (Département AM 06)
Si on comptait 1033 habitants en 1765, on en dénombre 403 en 2020.
Tourné vers l’élevage ovin, réputé pour la culture du blé, des lentilles et des pois chiches, Cipières a longtemps été l’un des greniers approvisionnant la région grassoise. De nombreuses aires de battage sont encore visibles dans le village ou la campagne. Les terrasses autrefois cultivées avec l’aide des chevaux, ainsi que les épierrements, démontrent l’acharnement des générations passées à domestiquer et façonner cette terre rude.
La végétation est méditerranéenne : thym, genets, lavandes sauvages, sauge sclarée, sarriette, immortelle, sans compter de nombreuses variétés d’orchidées sauvages. La lavande et la sauge sclarée sauvage et même cultivées étaient distillées sur place pour la parfumerie de Grasse.
L’élevage, avec un troupeau de mille têtes d’ovins et caprins, reste la principale activité économique du village, ainsi que la commercialisation de ses produits, viande, fromages, volailles, apiculture, et depuis quelques années, de nouvelles plantations de lavande et une toute jeune plantation de crocus à safran. L’artisanat est présent avec un atelier de poterie et une fabrique de bougies.
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Nous commençons la visite devant l'ancien presbytère et un superbe linteau en accolade.
Date 1573 finement gravée sur linteau en accolade sur la place du village; le chiffre 7 est écrit avec un trait à gauche pour le différentier du 1. La gravure a été repassée à la mine de plomb .
Puis, passage par la rue Sous Barry et ses maisons remparts.
Sur cette placette, des maisons typiques avec crochet ou poulie pour monter le foin au grenier, escalier pour la neige, et grande porte à l’arrière pour remise, cave ou étable.
Maison avec escalier pour la neige
Crochet et poulie pour monter le foin au grenier
Grande porte pour cave ou étable
Sur le linteau de la petite porte à côté, une date, 1762, qui est peut-être la date de rénovation.
En poursuivant la balade, on passe devant une autre aire de battage, devenue le jardin et parking d'une maison.
D'ici, on a une vue sur le village de Gréolières, en face.
Et on arrive sous le château.
La première mention date de la première moitié du XIIIe siècle, vers 1232. Il semble être passé à la famille de Grasse en 1224 ou peu avant. Une descendante de celle-ci, la famille de Caussols, apparaît en 1237; leurs membres sont seigneurs de Cipières. Au milieu du XIVe siècle, le château de Cipières devient par mariage une possession des Agoult, qui le conservent jusqu'à la fin du Moyen Age. En 1510 le comte de Tende René de Savoie acquiert Cipières, puis le lègue à Claude Lascaris, seigneur de Tende. Un peu plus d’un siècle plus tard, en 1646, Bouthilliers de Chavigny devient seigneur de Cipières. Le fief est élevé en marquisat. Le dernier propriétaire en fut le marquis de Panisse-Passis de Villeneuve Loubet qui le vendit en 1851.
Le château de Cipières est un bâtiment de plan rectangulaire allongé d'est en ouest. Il était enfermé dans une enceinte dont le tracé est assez bien lisible sur le cadastre de 1841 et dont plusieurs fragments sont conservés. Le château a été reconstruit à la fin de l'époque moderne. La tour a été arasée après la Révolution.
On peut voir sur sa façade arrière une fenêtre à meneau en forme de croix, et des oculus qui étaient des pigeonniers.
Le château a été rénové et transformé en hôtel 4 étoiles pendant quelques années. Il y a environ une quinzaine d’années, il a été racheté par des particuliers et ne se visite pas.
Après être passés sous un pont construit tardivement pour permettre au châtelain d’accéder au château en voiture - avant, la rue n’était pas couverte -, nous arrivons devant l'ancien four.
Photo de Jean-Pierre Cavelan : le pont construit pour le châtelain
Dans cette rue, au numéro 15, se trouvait la forge qui va devenir prochainement un musée de la pierre.
Un peu plus loin, vue sur la tour du château qui a été raccourcie après la Révolution car c’était un signe de domination.
Au détour d'une ruelle, une autre maison avec son crochet à monter le foin.
Nous arrivons au pied du clocher de l'église et sa pierre à bossage...
Pierre à bossage erratique
Ce terme « erratique » est utilisé pour signifier qu'on peut observer des bossages isolés à des endroits inattendus sur des bâtiments religieux ou civils, apparemment sans souci de symétrie. Le mythe du bossage est très ancien.
A la base du clocher de l'église de Cipières, on peut observer une très grosse pierre en bossage près de l'angle. Le fait que cette pierre soit à la base de l'édifice n'est certainement pas fortuit et souligne l'importance attachée à ce motif décoratif et le fait que cette pierre a été laissée ainsi en accord au moins tacite avec les autorités religieuses.
Nous finissons la visite du village devant le mur de l'église avec deux arches où on peut voir le mur médiéval de la première église.
La visite de Cipières et de son patrimoine s'achève sur les réalisations et projet en cours du village, qui s’implique pour valoriser son patrimoine :
- La rénovation de six bories dans les années 2000.
- Les fouilles et restauration de l'église entre 2005 et 2017.
- Le projet du circuit pédagogique sur le thème « Paysage rural et constructions en pierre sèche de Cipières » par l’association Histoire et Patrimoine de Cipières.
- La création d’un sentier ludique, la construction d’une petite borie et la réalisation d’un film avec interview de deux anciens du village par les enfants.
- Le projet d’un musée de la Pierre à l’ancienne forge.
- Les visites guidées du village pendant l’été, organisées par la CASA.
La borie construite par les enfants
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Plus d'images avec les photos de Jean-Pierre CAVELAN
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Un immense merci à Monsieur le Maire, Mme Mavon, Nicolas Prin, Mme Funel pour l'aide apportée à la réalisation de cette visite et à Michelle Bianchi, notre guide du jour.
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