13/09/2026
Vestiges romains (cippes, stèles, borne milliaire), ruines du château de Briançonnet. Visite du village dont l’église Notre-Dame-de-l’Assomption, son Ludovic Bréa et Le Vœu de Louis XIII, de François Mimault.
Vestiges romains (cippes, stèles, borne milliaire)
Le village de Briançonnet a été reconstruit sur un site plus ancien, probablement vers la fin du Moyen Âge, selon le plan d'une cité romaine avec une voie principale, Decumaunus Maximus et un axe perpendiculaire principal, Cardo Maximus. Sur la place se trouvait sans doute le Forum.
Sur et devant un mur de la place, un cippe et un sarcophage.
Le cippe était surmonté d'une statue, aujourd'hui disparue et porte l'inscription :
IMP CAES M
AUR CLAUDIO PF
INVIC AUG P
M TR PPP COS
PROC
ORD BRIG
Déchiffrage des abréviations :
- IMP : Imperator (Commandant suprême / Empereur)
- CAES : Caesar (César)
- M AUR CLAUDIO : Marco Aurelio Claudio (Marcus Aurelius Claudius / Claude II)
- P F : Pio Felici (Pieux et Heureux)
- INVIC : Invicto (Invaincu)
- AUG : Augusto (Auguste)
- P M : Pontifici Maximo (Grand Pontife)
- TR P P P : Tribunicia Potestate, Pater Patriae (Détenteur de la puissance tribunitienne, Père de la patrie)
- COS : Consul (Consul)
- PROC : Proconsul (Proconsul)
- ORDO : conseil municipal
- BRIG : le seul nom que l'on connaît de Briançonnet dans l'Antiquité romaine.
Cette inscription latine abrégée se traduit par :
"à l’Empereur César Marcus Aurélius Claudius, pieux, heureux, invaincu, auguste, grand pontife, détenteur de la puissance tribunicienne, père de la patrie, consul, proconsul".
(Elle fait référence à l'empereur romain Claude II le Gothique, de son nom complet Marcus Aurelius Claudius)
La dédicace est presque illisible car le cippe avait été dédié auparavant à un autre empereur dont le nom a été martelé afin d'en faire disparaître la mémoire.
De qui s'agit-il ? Le mystère, à ce jour, demeure.
Adossé au mur qui porte le cippe, le sarcophage, dégradé, ne présente aucune inscription lisible.
Sur une autre maison du village, une stèle funéraire et une pierre de remploi de la même époque.
La traduction de la stèle funéraire :
La stèle daterait d'après 212 car le personnage est appelé PATRON.
En 212, suite à l’Édit de Caracalla, la relation traditionnelle de patronat privé (de citoyen à citoyen) s'efface définitivement au profit d'un patronat d’État exercé directement par l’empereur sur l'ensemble de ses sujets et donne la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l'Empire.
Ci-dessous, la pierre de remploi au-dessus de la stèle :
Un peu plus loin, une porte du XVIe siècle et deux pierres romaines, dont une couchée, encastrées dans le mur de l'église :
Cette pierre est un cippe dédié à Salonius, dont voici la traduction :
Dans le cimetière, une croix a pour support une borne milliaire.
Dans le village, une autre croix sur un autre cippe dont l'inscription a été effacée par le curé du village vers 1870.
Heureusement, cette inscription avait été relevée avant sa destruction.
L'église Notre-Dame-de-l’Assomption
L'église est d'architecture romane, mais la façade et le clocher datent du XIXe siècle.
À l'intérieur, entre autres, un Bréa :
L'encadrement baroque date du XVIIe siècle, mais le tableau a gardé son encadrement d'origine, avec la Crucifixion, en haut, au centre.
On trouve aussi dans cette église un tableau de la Nativité fin XVIIe, début XVIIIe siècle, un tableau représentant saint Antoine, saint Sébastien et saint Roch, les saints pesteux, et le Voeu de Louis XIII par François Mimault, de 1640.
Malgré la signature, au vu de quelques maladresses, il semblerait que ce tableau ait été en partie exécuté par les élèves de François Mimault.
Un autre "Vœu de Louis XIII", du même artiste, est conservée dans l'église Saint-Pierre de La Penne.
Le vœu de Louis XIII est un texte législatif soumis au Parlement de Paris et ratifié par le roi Louis XIII en 1638. Ce texte consacre le royaume de France, le roi et ses sujets sous la protection de la Vierge Marie.
Plus d'informations sur l'église :
Les vestiges médiévaux
En allant vers la chapelle Saint-Martin, un linteau :
De facture assez grossière, il serait peut-être du XIe siècle. Au centre, un personnage portant une mitre et une crosse peut représenter soit un évêque, soit un abbé. Ce linteau est peut-être en relation avec la donation du 18 octobre 1022 : par cette charte, le seigneur Constantin et son épouse Isingarde font don de l'église Saint-Saturnin et de toutes ses dépendances aux moines de l'abbaye de Lérins.
Ce linteau provient peut-être du Prieuré Saint Martin ce qui expliquerait la richesse de son décor. Il est orné en relief d’une colombe, d’un évêque et d’un motif carré martelé. La présence d’une crosse à volute indique que le linteau ne peut pas être antérieur au XIème siècle, car c’est à cette époque que se développe l’usage de cet objet en Occident. Au XIIIème siècle il devient l’attribut de l’évêque
Quant à la chapelle Saint-Martin, elle est peut-être située sur l'emplacement d'un temple.
Derrière la chapelle, lors de travaux, des tombes du Ve/VIe siècle ont été mises à jour. De plus, sa titulature correspond à une église précoce, sans doute plus ancienne que la paroissiale.
Elle a servi de chapelle aux Pénitents blancs.
L'intérieur, aujourd'hui très dégradé, sert de remise à divers objets et aurait besoin d'être restauré.
Plus d'informations sur ce lien
https://fr.wikipedia.org/wiki/Chapelle_Saint-Martin_de_Brian%C3%A7onnet
Le château médiéval
La première mention du château date de 1081.
Du fait de sa tour ronde qui n'existait pas au XIe siècle, il a été probablement agrandi au XIVe siècle, peut-être au moment de la guerre civile lors de la succession de la reine Jeanne.
On retrouve dans ses murs des pierres de remploi antiques.
À côté du château, la chapelle Saint-Pierre.
Le fait d'avoir une chapelle indique qu'un un groupe de personnes vivait sur ce site. Le château devait être la demeure seigneuriale.
Elle a été reconstruite, mais on peut voir les traces de l'ancienne chapelle sur le bas du mur.
Plus d'informations sur ce lien :
https://www.parc-prealpesdazur.fr/fiche-apidae/chapelle-saint-pierre/
Qui sont les seigneurs de Briançonnet ?
- Les premiers chevaliers de Briançonnet (XIe - XIIIe siècles) : Mentionnés dès le XIe siècle dans les chartes de l'abbaye de Lérins, les premiers seigneurs locaux (les chevaliers de Briançonnet, descendants de Constantin et Isingarde, et de leurs fils Hugues et Abellon) contrôlaient l'habitat fortifié (le castrum).
- La famille de Grasse (XIVe siècle - 1789) : Le fief passe ensuite sous le contrôle de la puissante maison de Grasse, et plus particulièrement de la branche des Grasse-Bar. À la fin du XVe siècle (vers 1474), Jean de Grasse en hérite officiellement, unifiant sous son autorité les seigneuries de Briançonnet, Gars, Amirat et Sallagriffon.
- La fin de la seigneurie : La famille de Grasse conserve le château fort et les droits seigneuriaux de Briançonnet comme résidence principale jusqu’à la Révolution française. Le dernier représentant direct de cette lignée, Gustave de Grasse (lieutenant-colonel de dragons sous Charles X), s'est éteint en 1858 sans descendance.
Briançonnet à l'Epoque moderne
Vraisemblablement à la fin du Moyen Âge, le site médiéval perché est abandonné. Un autre château est construit dans le village, au XIVe siècle, remanié au XVIIIe. Quatre tours sont ajoutées au XVIe et détruites en 1794.
Il sera vendu à la Révolution, il est aujourd’hui transformé en plusieurs appartements.
À l'entrée du village se trouve une chapelle Saint-Roch, saint protecteur. Pas d'informations précises quant à sa construction.
Briançonnet au XIXe siècle
L'étude du cadastre nous apprend que le village possédait :
- 24 écuries
- 2 fontaines
- 3 poteries
- 3 loges à cochons
- 1 four communal
- 1 église
- 1cimetière
-1 chapelle des Pénitents blancs
- 360 habitants dans le village en 1872
En revanche, le lavoir n'existait pas sur le cadastre de 1835.
Le lieu était un patec, c'est-à-dire un terrain ou un espace non construit, issu du droit coutumier provençal, qui jouxte plusieurs habitations et sert à l'usage partagé de leurs propriétaires.
La visite de Briançonnet s'achève sur la place, devant la fontaine au sommet de laquelle trône une reconstitution du château médiéval, ainsi que devant le monument aux morts, édifié par une collecte publique, la municipalité n'ayant pas eu les moyens financiers nécessaires.
Plus de photos avec l'album de Jacques JONCOUR :
Merci à nos guides, Claude MARRO et André ROBINET,
et à M. SEGHI pour nous avoir ouvert toutes les portes.
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